Le Palais des Doges à Venise

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Oskar Bailey

Updated: 26 Mai 2026 ·

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Le Palais des Doges à Venise

Le Palais des Doges à Venise
photo de www.10cose.it

Le Palais des Doges partage l'histoire de Venise depuis toujours : il a traversé la période florissante de la République, surpassant les dominations successives jusqu'à aujourd'hui. Mais ce n'est pas un parcours facile : le centre et symbole de l'activité politique vénitienne a subi des incendies dévastateurs au cours des siècles qui ont entraîné d'importantes réstructurations et changements. Toutefois, la volonté des Doges de maintenir en vie ce palais symbole du pouvoir l'a fait réémerger à chaque fois, toujours plus beau et éclatant.

Depuis plus de 1200 ans, symbole de Venise

La construction du Palais des Doges a commencé après le transfert du siège du Gouvernement de l'île de Malamocco à Rialto (alors Rivoalto) par le Doge Angelo Partecipazio, en 810. Au cours des années 900, le Palais a été presque entièrement détruit par un terrible incendie et sa reconstruction a été voulue par le Doge Sebastiano Ziani qui a totalement restructuré toute la zone occupée par le Palais avant la catastrophe. Les incendies et les rénovations ultérieures ont presque complètement effacé cette phase de construction, dont très peu d'éléments subsistent, comme les sols en terre cuite en chevron.

Après la "serrata", le palais change encore

Après la 'Serrata del Maggior Consiglio' qui garantissait la présence constante des aristocrates au Conseil et excluait la noblesse, le nombre de participants à l'assemblée a considérablement augmenté, rendant nécessaire l'agrandissement du Palais. L'aspect que le Palais des Doges a aujourd'hui est le fruit de ces travaux qui ont commencé vers 1340 et se sont concentrés sur la construction intérieure où étaient regroupés les bureaux du Gouvernement. Pour la nouvelle architecture, le style gothique, très en vogue à l'époque, a été choisi. Le Maggior Consiglio a tenu sa première réunion dans la nouvelle salle pour la première fois en 1419.

Les incendies et le palais d'aujourd'hui

Peu après la fin des travaux, un autre incendie ravage le côté de la structure donnant sur le canal, où se trouve l'appartement du Doge. La nouvelle structure subit un énième incendie en 1574, endommageant certaines des salles du deuxième étage dans l'aile donnant sur le canal. L'incendie n'endommage pas les structures porteuses, il est donc possible de commencer immédiatement les travaux de restauration qui dureront jusqu'en 1577, lorsque, à peine terminés, le feu dévorera les peintures de Pisanello, Alvise Vivarini, Gentile da Fabriano, Bellini, Pordenone, Carpaccio, Titien qui décoraient les salles du Maggior Consiglio et de l Scrutinio. Encore une fois, la structure ne sort pas excessivement endommagée et sera restaurée en suivant son aspect original. En 1797, les troupes françaises de Napoléon Bonaparte entrent à Venise et la Sérénissime République est contrainte de céder le commandement. Le Palais des Doges est utilisé comme centre des activités politiques tant sous la domination française que sous celle autrichienne. Avec l'unité italienne, le Palais est à nouveau restructuré. Depuis 1996, le Palais des Doges fait partie des Musées Civiques de Venise.

La Cour et les Loggias du Palais des Doges

En plus d'être un chef-d'œuvre du gothique, le Palais des Doges est également un musée extraordinaire. Tout au long du parcours qui s'étend depuis la Cour, à travers les Loggias et les Salles, on peut découvrir comment vivaient les Doges de Venise et comment ils ont fait appel aux plus grands artistes de l'époque pour embellir leur 'maison'. L'accès au Palais se fait par la Porta del Frumento d'où l'on monte vers l'étage supérieur avec les Loggias qui courent le long des trois ailes du palais et offrent des panoramas saisissants sur la cour et la Piazzetta San Marco. Avant d'arriver à la Scala d'Oro qui mène à l'étage supérieur, on croise les salles des Magistratures vénitiennes et l'on reconnaît les 'bouches de lion', utilisées par les Vénitiens pour introduire des billets anonymes avec des dénonciations. La Scala d'Oro a de chaque côté deux groupes en marbre représentant Atlas soutenant la voûte céleste (à droite) et Hercule tuant l'Hydre (à gauche).

Salles I à VI

Dans ces salles sont rassemblés des chapiteaux, colonnes, murs et autres parties architecturales des constructions originaires du Palais des Doges. Une grande partie de ces éléments ont été remplacés car endommagés lors des incendies répétés du Palais des Doges ou devenus dangereux.

Les Prisons et le Pont des Soupirs

La visite se poursuit depuis les Vieilles Prisons et, en traversant le Pont des Soupirs, on arrive aux Nouvelles Prisons. Le Pont, l'un des plus célèbres de Venise, reliait les salles où les accusés étaient jugés aux prisons où ils purgeraient leur peine. La légende veut que les accusés, une fois condamnés, traversent le pont et soupirent en jetant un dernier regard de citoyens libres sur Venise. Aujourd'hui, des couples du monde entier s'embrassent et se laissent photographier dans des poses romantiques et mièvres, convaincus que les soupirs qui ont rendu le pont célèbre sont ceux des amoureux... Les Nouvelles Prisons représentent l'un des premiers exemples de constructions conçues et réalisées exclusivement comme prison d'État.

La Salle du Guariento

Passé la Liagò (terrasse en vénitien) et la Quarantia (organe d'appel suprême de l'État vénitien), on arrive à la Salle du Guariento. Ici est visible ce qui reste de l'Incoronation de la Vierge et des hiérarchies célestes réalisé par le peintre padouan Guariento entre 1365 et 1368. Cette fresque se trouvait dans la Salle du Maggior Consiglio et après l'incendie de 1577, elle a été remplacée par le Paradise de Tintoretto.

La Salle du Maggior Consiglio

Avec ses 53 mètres de longueur et 25 de largeur, c'est la salle la plus grande du Palais et l'une des plus vastes d'Europe. C'est ici que se réunissait le Maggior Consiglio, une magistrature très puissante composée des patriciens vénitiens, avec pouvoir de contrôle sur tous les autres organes de l'État. En décembre 1577, un incendie éclate dans la salle voisine du Scrutinio, détruisant les décorations et une grande partie de la salle. Des artistes tels que Paolo Veronese, Jacopo et Domenico Tintoretto, Palma le Jeune ont donc été appelés pour un cycle d'œuvres illustrant l'histoire vénitienne. Les 12 peintures latérales, six de chaque côté, rappellent des actes de valeur particuliers ou des épisodes militaires survenus au cours de l'histoire de la ville, tandis qu'en dessous du plafond se trouve une frise avec les portraits (imaginaire) des 76 premiers doges vénitiens. Commandées à Jacopo Tintoretto, elles ont été en grande partie réalisées par son fils Domenico. Derrière le trône se trouve la plus grande toile du monde : le Paradis, réalisée par Jacopo Tintoretto et son atelier entre 1588 et 1592.

La Salle des Quatre Portes

Passé quelques petites salles, on arrive à la Salle des Quatre Portes, qui avait la double fonction d'anticamera d'attente et de passage. Elle tire son nom de quatre superbes portes encadrées de marbres orientaux surmontées de groupes sculptés. Au plafond en voûte sont peintes des fresques sur des thèmes mythologiques réalisées par Tintoretto. Aux murs, il y a deux œuvres de Titien : 'Le doge Antonio Grimani en adoration devant la Foi' et 'Saint Marc en gloire'. Sur le chevalet, il y a une célèbre toile de Giambattista Tiepolo avec 'Venise recevant de Neptune les dons de la mer.'

Les salles de l'Anticollegio et du Collegio

C'étaient les cabinets d'honneur de la Salle du Collegio, où l'on recevait les ambassadeurs. Au plafond, il y a un stuc avec 'Venise en train de conférer récompenses et honneurs' de Paolo Veronese. Toujours du même artiste, il y a le 'Rapt d'Europe'. À côté des portes sont placées les quatre toiles peintes par Jacopo Tintoretto pour l'Atrio Quadrato. La Salle du Collegio a été achevée après l'incendie de 1574 sur un projet d'Andrea Palladio. Au plafond est peint le chef-d'œuvre de Paolo Veronese : le Bon Gouvernement de la République, la Foi sur laquelle il repose et les Vertus qui le guident et le renforcent.

Les arsenaux

Ces salles abritent une collection extraordinaire d'armes traditionnelles et à feu utilisées lors des nombreuses batailles menées par la République de Venise. Les souvenirs des champs de bataille récupérés après la défaite des Turcs à Lépante en 1571 sont également remarquables, parmi lesquels un tissu décoré d'une bordure sur laquelle ont été brodés des versets du Coran, avec au centre une inscription rendant hommage à Allah et à son prophète Mahomet. À noter également l'armure d'Henri IV de France, offerte par celui-ci à la République en 1604.