5 ans après l’assassinat de Mariano Abarca, tué pour avoir résisté à l’entreprise minière Blackfire, nous réclamons justice!

Alors que cinq ans viennent de passer depuis la mort de Mariano Abarca Roblero, assassiné parce qu’il résistait à l’entreprise minière canadienne Blackfire, nous demandons aux autorités mexicaines et canadiennes d’agir pour que justice soit faite et que ce crime ne reste pas impuni. Nous exhortons également le gouvernement canadien à mettre un terme à sa “diplomatie économique” et à adopter une politique fondée sur le respect des droits des populations indigènes et des droits de l’homme, sur la protection de ceux et celles qui défendent leur territoire, ainsi que de l’environnement.

5to-aniversario-abarca-english

Au Président de la République du Mexique, Enrique Peña Nieto

Au Gouverneur de l’Etat du Chiapas, Manuel Velasco Coello

Au Procureur Général de la République, Jesús Murillo Karam

Au Procureur Géneral de Justice de l’État du Chiapas, Raciel López Salazar

Á la Commission Nationale mexicaine des Droits de l’Homme (CNDH), Raúl Plascencia Villanueva

Au Ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird

Au Ministre du Commerce Extérieur du Canada, Ed Fast

Au Ministre de la Justice du Canada, Peter MacKay

Á l’Ambassadrice du Canada au Mexique, Sara Hradecky

Le 27 novembre 2014 marque le cinquième anniversaire de la mort de Mariano Abarca Roblero, assassiné parce qu’il résistait à l’entreprise minière canadienne Blackfire et les désastres sociaux et environnementaux que celle-ci générait au sein de la commune de Chicomuselo (Chiapas, sud-est du Mexique). Toutes les personnes qui ont été arrêtées et condamnées dans le cadre de l’enquête sur son assassinat sont liées à l’entreprise Blackfire. Jamais aucune enquête exhaustive et impartiale n’a été menée pour identifier tous les responsables de sa mort. L’entreprise Blackfire fait également l’objet d’une enquête pour corruption; elle est soupçonnée d’avoir versé de l’argent directement sur le compte bancaire personnel de l’ancien maire de Chicomuselo pour qu’il contrôle la montée de la gronde sociale suscitée par ses opérations minières. La mine de Blackfire a cessé d’opérer après la mort de Mariano Abaraca, au terme d’à peine deux ans d’activité, en raison de son impact environnemental.

Bien que l’Ambassade du Canada au Mexique avait connaissance de la lutte que menait Mariano Abarca et des menaces dont il faisait l’objet, elle n’a rien fait pour le protéger ni pour s’assurer que l’entreprise canadienne Blackfire n’enfreigne pas les lois mexicaines, ni même les lois canadiennes – en particulier la loi contre la corruption des fonctionnaires étrangers (CFPOA en anglais). Tout au contraire, elle s’est mise en retrait de l’enquête, a défendu la réputation de l’entreprise Blackfire et lui a offert une assistance juridique en lui conseillant de porter plainte contre l’État mexicain en vertu de l’article 11 de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Toutes ces accusations figurent dans le rapport “Les entreprises minières canadiennes au Mexique: Blackfire Exploration et l’Ambassade du Canada – Un cas de corruption et d’homicide”, résultat d’une enquête exhaustive réalisée par trois organisations canadiennes en 2013.

Les personnes ayant été accusées d’avoir participé à l’assassinat de Mariano et incarcérées ont toutes été libérées, tandis que les responsabilités d’autres personnes liées à l’entreprise et à l’Etat mexicain susceptibles d’avoir été impliquées dans l’affaire n’ont jamais fait l’objet d’une enquête exhaustive. Au moins 13 personnes – toutes liées à Blackfire – auraient dû faire l’objet d’une telle enquête. La plainte déposée en 2010 devant la Cour Administrative de l’Etat du Chiapas contre l’ex-édile de Chicomuselo pour avoir reçu de l’argent de l’entreprise canadienne sans pouvoir justifier son utilité, est restée lettre morte.

En mars 2010, neuf organisations canadiennes ont déposé plainte contre Blackfire en vertu de la loi contre la corruption des fonctionnaires étrangers et devant la police fédérale du Canada pour avoir corrompu l’ancien maire. En juillet 2011, la police fédérale canadienne (RCMP en anglais) a perquisitionné le siège de Blackfire à Calgary (Alberta, sud ouest du Canada). Mais trois ans et demi plus tard, l’enquête reste ouverte.

Face à cette situation, nous demandons aux autorités mexicaines et canadiennes d’agir pour que justice soit faite et que la mort de Mariano Abarca Roblero, tout comme l’acte de corruption envers l’ancien maire de Chicomuselo, ne restent pas impunis. Nous exhortons également le gouvernement canadien à mettre un terme à sa “diplomatie économique” qui mobilise 100% du corps diplomatique canadien pour promouvoir les intérêts privés. Nous l’exhortons à adopter une politique fondée sur le respect des droits des populations indigènes et des droits de l’homme, sur la protection de ceux et celles qui défendent leur territoire, ainsi que de l’environnement. La RCMP est en possession de tous les éléments qui lui sont nécessaires pour mener l’enquête sur Blackfire à son terme et transmettre ses conclusions au bureau du Ministre de la Justice et Procureur Général du Canada. Nous demandons à ce dernier de se prononcer sur cette affaire. La Canada et le Mexique étant tous deux dotés d’instruments devant assurer le respect des Droits de l’Homme, nous exigeons que justice soit faite.

Cordialement,